Les grandes familles de matières premières cosmétiques sur la sellette
19 février 2026
CosmétiqueL’industrie cosmétique est en pleine mutation
Suite à un consumérisme croissant profondément assis sur les réseaux sociaux et une prolifération des applications, articles bien trop souvent « Cosmetic killers », nous assistons à un renforcement mondial des réglementations avec in fine les enjeux sécuritaires et surtout environnementaux. De ce fait, l’industrie cosmétique doit continuellement s’adapter et s’éloigner des « tensioactifs paniques » et des « Parabens – Laden » afin de ne pas être accusée d’être la source de « la mort au fond du pot » comme nous pouvons le lire parfois.
Il faut donc continuer à délivrer des formules performantes et sures à la fois d’un point de vue de la sécurité des utilisateurs de plus en plus avertis - grâce entre autres aux listes INCI - et exigeants – mais aussi vis-à-vis de notre planète en innovant avec des ingrédients sûrs, efficaces, biodégradables ou éthiques.
IFIS Cosmétique vous propose un panorama des principaux ingrédients aujourd’hui interdits ou “sur la sellette” (« Grey list »).
Quelles grandes familles d’ingrédients sont aujourd’hui “sur la sellette” ?
Un certain nombre de substances utilisées en formulation cosmétique font l’objet de controverses scientifiques et réglementaires en raison de leurs profils toxicologiques, de leur persistance environnementale ou de leurs procédés de fabrication.
1. Filtres solaires organiques (synthétiques)
Les benzophénones (ex. oxybenzone) et l’ethylhexyl methoxycinnamate (octinoxate) sont des filtres UV organiques absorbant principalement les UVB (et partiellement UVA selon la molécule).
Problématiques soulevées :
- Activité œstrogénique in vitro et in vivo pour certaines benzophénones
- Potentiel de perturbation endocrinienne (interaction avec récepteurs ER, AR, TR)
- Bioaccumulation possible
- Impact écotoxicologique (blanchiment corallien, toxicité pour organismes aquatiques)
2. Conservateurs controversés
Parabènes (méthyl-, propyl-, butylparabène)
- Activité œstrogénique faible mais mesurable
- Potentiel de bioaccumulation pour les chaînes longues
- Restrictions réglementaires dans l’UE pour certaines formes
Phénoxyéthanol
- Conservateur bactéricide
- Toxicité systémique à fortes doses (hépatotoxicité observée chez l’animal)
- Limité à 1 % en cosmétique en Europe
Isothiazolinones (ex. MIT, CMIT)
- Puissants sensibilisants cutanés
- Fréquence élevée de dermatites de contact allergiques
Libérateurs de formaldéhyde (DMDM hydantoin, imidazolidinyl urea…)
- Relargage progressif de formaldéhyde (classé cancérogène avéré par inhalation par le Centre international de recherche sur le cancer)
- Risque allergisant et irritant
3. Antioxydants synthétiques : BHA et BHT
Le butylhydroxyanisole (BHA) et le butylhydroxytoluène (BHT) sont utilisés pour prévenir l’oxydation lipidique.
Enjeux :
- Données animales suggérant un potentiel perturbateur endocrinien
- Classification possible comme cancérogène suspecté pour le BHA par le Centre international de recherche sur le cancer
- Persistance environnementale
4. Silicones volatiles (ex. cyclopentasiloxane – D5)
- Composés organosiliciés à faible poids moléculaire
- Effet filmogène et sensoriel recherché
- Très faible biodégradabilité
- Potentiel de bioaccumulation (D4, D5 classés substances PBT/vPvB dans certaines juridictions)
5. EDTA (éthylènediaminetétraacétique)
- Agent chélatant améliorant la stabilité des formules
- Faible biodégradabilité
- Capacité à complexer les métaux lourds et à en modifier la mobilité environnementale
6. Triclosan
- Agent antibactérien large spectre
- Suspecté d’activité perturbatrice endocrinienne (axe thyroïdien)
- Contribution potentielle à l’antibiorésistance
- Restreint ou interdit dans plusieurs régions
7. Cocamide DEA
- Agent moussant et viscosant dérivé d’acides gras
- Risque de formation de nitrosamines (composés potentiellement cancérogènes)
- Classé cancérogène possible chez l’animal
8. PEG (polyéthylène glycols)
- Polymères hydrophiles utilisés comme émulsifiants/solubilisants
- Procédé d’éthoxylation pouvant générer des impuretés (1,4-dioxane, oxyde d’éthylène)
- Le 1,4-dioxane est classé cancérogène possible par le Centre international de recherche sur le cancer
- Nécessité de contrôles stricts de pureté
9. Ammoniums quaternaires
- Tensioactifs cationiques (ex. benzalkonium chloride)
- Cytotoxicité membranaire
- Écotoxicité aquatique
- Risque irritatif cutané et oculaire
10. Sels d’aluminium (antitranspirants)
- Mécanisme : précipitation protéique dans les canaux sudoripares
- Hypothèses anciennes sur un lien avec cancer du sein ou maladie d’Alzheimer (non confirmées par consensus scientifique robuste)
- Débat persistant dans l’opinion publique
11. Nanoparticules (ex. TiO₂, ZnO)
- Taille <100 nm
- Risque dépendant de la voie d’exposition
- Inhalation problématique (TiO₂ classé cancérogène suspecté par inhalation par le Centre international de recherche sur le cancer)
- Question de franchissement des barrières biologiques
12. Sulfates (SLS, SLES)
Le sodium lauryl sulfate (SLS) et le sodium laureth sulfate (SLES) sont des tensioactifs anioniques.
- Pouvoir détergent élevé
- Altération du film hydrolipidique
- Effet irritant dose-dépendant
- SLES : risque d’impuretés issues de l’éthoxylation
13. Huiles minérales
- Dérivés pétrochimiques (paraffinum liquidum)
- Occlusivité élevée
- Risque d’impuretés hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) si raffinage insuffisant
- Impact environnemental lié à l’origine fossile
14. Phtalates (ex. DBP)
- Plastifiants et solvants
- Perturbateurs endocriniens reconnus
- Le dibutyl phtalate (DBP) est interdit en cosmétique dans l’UE
15. p-Phenylenediamine (PPD)
- Utilisée dans les colorations capillaires permanentes
- Puissant sensibilisant cutané
- Responsable de nombreuses dermatites allergiques de contact
16. Benzyl alcohol
- Conservateur et allergène listé
- Peut provoquer irritation et sensibilisation
- Autorisé sous limites réglementaires
Principaux axes de controverse
Les critiques associées à ces substances reposent sur plusieurs dimensions :
1. Perturbation endocrinienne
Interaction avec les récepteurs hormonaux (œstrogéniques, androgéniques, thyroïdiens) ou modification des voies de signalisation endocrinienne.
2. Caractère CMR
Certaines substances ou impuretés sont classées cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques selon les classifications internationales (dont le Centre international de recherche sur le cancer).
3. Potentiel allergisant ou irritant
Mécanismes immunologiques (hypersensibilité de type IV) ou cytotoxicité directe.
4. Biodégradabilité et persistance
Substances peu ou non biodégradables contribuant à l’accumulation environnementale (siloxanes, EDTA).
5. Impact écotoxicologique
Toxicité aquatique, bioaccumulation, perturbation des écosystèmes marins (filtres UV, quats).
6. Procédés de fabrication
Présence d’impuretés (1,4-dioxane, nitrosamines) liées aux procédés industriels (éthoxylation, nitrosation).
Quels risques pour les industriels ?
Les industriels doivent désormais répondre à de multiples contraintes :
- Garantir la sécurité des consommateurs
- Réduire l’empreinte environnementale des formules
- Anticiper les restrictions réglementaires
- Maintenir performance et stabilité des produits
Ces controverses soulèvent plusieurs enjeux stratégiques :
- Risque de non-conformité réglementaire
- Risque réputationnel
- Reformulations complexes et coûteuses
- Perte de performance produit
- Difficulté d’export vers certains marchés
La question n’est plus uniquement : « L’ingrédient est-il autorisé ? » mais : « Sera-t-il encore acceptable demain, réglementairement et socialement ? »
Anticiper plutôt que subir : un enjeu stratégique
La veille réglementaire, l’analyse toxicologique et la compréhension des évolutions internationales deviennent des compétences clés pour les responsables affaires réglementaires, les responsables R&D, les formulateurs et les responsables qualité.
Se former pour sécuriser ses formules
Face à ces évolutions réglementaires et sociétales, il est essentiel de prendre du recul sur vos pratiques actuelles.
Les formations IFIS Cosmétique permettent notamment de :
- Comprendre les mécanismes de restriction des substances
- Anticiper les évolutions du Règlement Cosmétique (CE) n°1223/2009
- Maîtriser les obligations liées aux ingrédients CMR
- Sécuriser les dossiers d’évaluation de sécurité
- Intégrer l’analyse de risque dans la stratégie formulation
Un entretien avec notre responsable formation permet d’évaluer rapidement votre niveau d’exposition aux risques réglementaires et d’identifier les axes prioritaires de sécurisation.
Selon votre contexte (taille d’équipe, portefeuille produits, marchés visés), nous élaborons un parcours sur mesure pouvant associer :
👉 Compatibilité contenant/contenu pour les produits cosmétiques – Ref : CONTCOS
👉 Prévenir les effets irritants et allergisants liés aux cosmétiques – Ref : SENCOS
👉 Le règlement REACH et l'industrie cosmétique – Ref : RCOS
👉 La formulation des émulsions et microémulsions – Ref : EMULCOS
👉 Les fondamentaux scientifiques pour se lancer en cosmétique – Ref : FONDACOS
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